Origine et histoire du Musée de l'Abbaye
Le musée de l’Abbaye Sainte-Croix (MASC) est installé dans une ancienne abbaye bénédictine fondée en 1632 par des religieuses venues de Poitiers. Ce couvent, dédié à Sainte-Croix, illustre l’expansion des ordres monastiques féminins en Vendée au XVIIe siècle, dans un contexte de Contre-Réforme catholique. L’abbaye, de style sobre et fonctionnel, reflète l’architecture religieuse provinciale de l’époque, marquée par des matériaux locaux comme la pierre calcaire et le tuffeau.
Son implantation aux Sables-d’Olonne, alors modeste bourgade portuaire, témoigne de l’influence croissante des communautés religieuses dans les zones côtières, souvent liées au commerce maritime et à la pêche. Après la Révolution française, l’abbaye est sécularisée et connaît diverses affectations (caserne, école) avant d’être partiellement abandonnée. Au XIXe siècle, la croissance des Sables-d’Olonne comme station balnéaire préserve le bâtiment de la destruction, mais sa vocation religieuse disparaît définitivement.
La renaissance du site intervient dans les années 1960, lorsque la ville, soucieuse de dynamiser sa culture locale, transforme l’abbaye en musée d’art moderne. Inauguré en 1963, le MASC devient un acteur clé de la diffusion de l’art contemporain en région, sous l’impulsion de conservateurs visionnaires comme René Leleu, qui y organise des expositions audacieuses. Dès ses débuts, le musée se distingue par son soutien aux avant-gardes, accueillant des mouvements comme Supports-Surfaces ou la Figuration libre.
Ses collections s’enrichissent grâce à des donations majeures (famille Launois, Sorlier) et des acquisitions ciblées, faisant du MASC un lieu de référence pour l’art graphique moderne et contemporain. Aujourd’hui, le MASC alterne expositions temporaires (artistes émergents, rétrospectives) et valorisation de ses fonds permanents, notamment ceux dédiés à Gaston Chaissac et Victor Brauner. Son ancrage territorial se manifeste aussi par des hommages aux traditions maritimes locales, mêlant patrimoine et création actuelle.
La Société des amis du musée, active depuis des décennies, contribue à son rayonnement via des conférences, des éditions (les Cahiers de l’Abbaye Sainte-Croix) et des acquisitions. Ce partenariat public-privé a permis au MASC de conserver son statut de pionnier, malgré les défis liés à la fréquentation des musées en province. Reconnu comme Musée de France, le MASC bénéficie d’une politique culturelle ambitieuse, combinant conservation, recherche et médiation.
Son bâtiment, partiellement classé, allie désormais patrimoine historique et scénographies contemporaines, symbolisant la fusion entre mémoire et innovation. Les expositions emblématiques, comme celles consacrées à Alberto Magnelli ou à l’art vidéo, ont marqué l’histoire du musée. Celui-ci reste un laboratoire pour les jeunes artistes, tout en célébrant les grands noms du XXe siècle, de Dubuffet à Combas.
Enfin, le MASC s’inscrit dans un réseau régional et national, collaborant avec d’autres institutions des Pays de la Loire et participant à des événements comme la Nuit des Musées. Son modèle, à la fois ancré localement et tourné vers l’international, en fait un cas d’étude pour les musées de taille moyenne en France.